Les difficultés d’apprentissage touchent 6 à 8 % des enfants scolarisés en France, soit environ 800 000 élèves. Dyslexie, dyscalculie, TDAH, haut potentiel mal accompagné : ces profils variés partagent un point commun. Tous progressent quand l’environnement s’adapte à leur fonctionnement, plutôt que l’inverse. Repérer les signaux tôt et mobiliser les bons dispositifs change la trajectoire scolaire.
Repérer les signes d’alerte selon l’âge
Les manifestations varient selon le stade de développement. Un signal isolé ne suffit pas à poser un diagnostic. Mais la répétition et la persistance de plusieurs signes justifient un bilan.
En maternelle (3-6 ans) : retard de langage marqué, difficulté à mémoriser les comptines, maladresse motrice inhabituelle, évitement systématique des activités graphiques. Un enfant de 4 ans qui ne produit pas de phrases de trois mots mérite un bilan orthophonique.
En primaire (6-11 ans) : lenteur persistante en lecture après le CE1, confusions de lettres ou de sons, échecs répétés en calcul mental, désorganisation dans le travail, oublis fréquents des consignes. L’écart avec les pairs se creuse au fil des mois.
Au collège (11-15 ans) : décrochage progressif, perte de motivation, anxiété avant les évaluations, écart grandissant avec le niveau attendu. L’adolescent développe parfois des stratégies d’évitement (absentéisme, comportement perturbateur) pour masquer ses difficultés.
Difficulté passagère ou trouble durable : comment distinguer
Un déménagement, un divorce, un changement d’école peuvent provoquer un fléchissement temporaire des résultats. Ce type de difficulté se résorbe généralement en quelques mois, une fois le contexte stabilisé.
Les troubles neurodéveloppementaux sont différents. Ils persistent malgré un environnement favorable et un accompagnement adapté. Un bilan orthophonique, neuropsychologique ou psychomoteur pose un diagnostic fiable et oriente la prise en charge. Ne pas attendre « que ça passe » : plus l’intervention est précoce, meilleurs sont les résultats. Une étude de l’INSERM (2019) montre que 70 % des enfants dyslexiques repérés avant 7 ans atteignent un niveau de lecture fonctionnel à 10 ans, contre 40 % pour ceux repérés après 9 ans.
Les principaux troubles d’apprentissage
Les troubles dys
Ces troubles touchent le fonctionnement neurologique, pas l’intelligence ni la volonté. Les avancées des neurosciences éclairent aujourd’hui leurs mécanismes cérébraux et ouvrent des pistes pédagogiques concrètes.
| Trouble | Domaine affecté | Signes caractéristiques |
|---|---|---|
| Dyslexie | Lecture | Confusions de lettres, inversions de syllabes, lenteur de décodage |
| Dysorthographie | Écriture | Erreurs persistantes malgré l’apprentissage des règles |
| Dyscalculie | Mathématiques | Difficulté avec les nombres, les opérations, le raisonnement logique |
| Dyspraxie | Coordination motrice | Gestes fins imprécis (écriture, découpage), maladresse globale |
| Dysphasie | Langage oral | Trouble sévère de l’expression, parfois de la compréhension |
Environ 5 % des enfants présentent une dyslexie, ce qui en fait le trouble dys le plus fréquent (HAS, 2017).
Le TDAH
Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité se caractérise par trois symptômes : inattention, impulsivité et, dans 60 % des cas, agitation motrice excessive. L’enfant peine à maintenir sa concentration, à s’organiser et à suivre des consignes séquentielles. Le TDAH touche 5,9 % des enfants dans le monde (méta-analyse Polanczyk, 2015).
Le Haut Potentiel Intellectuel (HPI)
Le problème ? Certains enfants à haut potentiel se retrouvent en échec scolaire. Leur pensée en arborescence, leur hypersensibilité et l’ennui face à un rythme trop lent génèrent décrochage, anxiété ou troubles du comportement. Environ 30 % des enfants HPI rencontrent des difficultés scolaires significatives (AFEP, 2020).
Stratégies d’accompagnement à la maison
Les parents jouent un rôle structurant. Plusieurs approches ont fait leurs preuves sur le terrain.
- Routines stables : un cadre prévisible rassure l’enfant et réduit la charge cognitive liée à l’organisation
- Tâches fragmentées : découper un exercice complexe en micro-étapes évite le découragement. Cinq petits objectifs valent mieux qu’un seul intimidant.
- Valorisation des efforts : encourager la persévérance plutôt que le résultat. L’enfant doit comprendre que progresser compte plus que réussir du premier coup.
- Supports variés : certains enfants apprennent mieux par l’image, d’autres par la manipulation ou l’écoute. Des approches comme la pédagogie Montessori exploitent cette diversité sensorielle.
- Durée des devoirs limitée : au-delà de 30 à 45 minutes en primaire, la productivité chute de 50 %. Mieux vaut deux sessions courtes qu’une longue session épuisante.
Exemple : un enfant dyslexique qui déteste lire accepte souvent mieux les livres audio. Alterner lecture classique et écoute maintient le contact avec les histoires sans transformer chaque séance en épreuve.
Les dispositifs scolaires en 2026
Le système éducatif français propose quatre niveaux d’accompagnement :
- PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative) : actions ciblées pour des difficultés scolaires ponctuelles. Mis en place par l’équipe pédagogique, sans diagnostic médical requis.
- PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) : aménagements pédagogiques pour les troubles diagnostiqués (temps supplémentaire aux examens, supports adaptés, allègement de l’écrit). Ne nécessite pas de reconnaissance MDPH.
- PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) : pour les élèves en situation de handicap reconnu. Ouvre droit à un AESH (accompagnant humain) et à du matériel adapté. Cette démarche s’inscrit dans la dynamique d’inclusion des personnes handicapées qui se poursuit au-delà de la scolarité. Les familles doivent aussi connaître les droits des personnes handicapées en 2026, qui renforcent les obligations d’accessibilité scolaire et simplifient les procédures MDPH.
- RASED : les enseignants spécialisés du Réseau d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté interviennent directement dans les écoles primaires.
Attention : ces dispositifs ne sont pas exclusifs. Un élève peut bénéficier d’un PAP et d’un suivi RASED simultanément. Demandez la mise en place du dispositif adapté dès les premières alertes.
Les professionnels à mobiliser
Selon la nature des difficultés, différents spécialistes interviennent. Un diagnostic pluridisciplinaire associant deux ou trois professionnels donne les résultats les plus fiables.
- Orthophoniste : troubles du langage oral et écrit, dyscalculie. Le bilan orthophonique représente souvent la première étape du parcours diagnostique.
- Psychomotricien : troubles de la coordination, du schéma corporel, de l’écriture manuelle
- Ergothérapeute : adaptation de l’environnement et des outils de travail (ordinateur, logiciels de compensation)
- Neuropsychologue : bilans cognitifs complets, diagnostic des troubles attentionnels et du haut potentiel
- Psychologue : difficultés émotionnelles qui freinent les apprentissages. La thérapie cognitive et comportementale montre une efficacité documentée auprès des enfants souffrant d’anxiété scolaire.
Préserver l’estime de soi : un enjeu central
Un enfant en difficulté vit quotidiennement des situations d’échec. Sans protection, ces expériences répétées érodent son image de lui-même. Or la confiance en soi conditionne directement la motivation et la persévérance.
Quatre réflexes protecteurs :
- Identifier et valoriser les domaines dans lesquels l’enfant excelle (sport, dessin, musique, relations sociales)
- Bannir les comparaisons avec les frères et soeurs ou les camarades
- Célébrer chaque progrès, aussi modeste soit-il
- Rappeler régulièrement que ses difficultés ne mesurent pas son intelligence
Sur le terrain, un enfant dyspraxique qui reçoit des félicitations pour sa créativité verbale compense naturellement la frustration liée à l’écriture. L’estime de soi se construit sur les points forts, pas sur la correction des points faibles.
Maintenir le dialogue entre tous les acteurs
La communication entre parents, enseignants et professionnels de santé conditionne la réussite de l’accompagnement. Des réunions régulières (une par trimestre au minimum) ajustent les aménagements et suivent l’évolution.
L’enfant doit aussi avoir voix au chapitre. L’écouter exprimer ses frustrations, ses peurs et ses besoins sans jugement renforce son engagement dans le processus. La gestion des émotions s’apprend : des outils adaptés à l’âge (roue des émotions, journal illustré, temps de parole quotidien) donnent à l’enfant un vocabulaire pour exprimer ce qu’il vit.
Prochaine étape : agir dès cette semaine
Si votre enfant présente des signes persistants depuis plus de six mois, prenez rendez-vous chez un orthophoniste pour un bilan initial. Contactez l’enseignant pour discuter de la mise en place d’un PPRE ou d’un PAP. Chaque semaine de retard dans la prise en charge allonge le chemin vers la récupération. L’action précoce reste le levier le plus puissant pour transformer une difficulté en simple étape.